Les transports en commun à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, sont en grande partie assurés par les gbakas et les wôrô wôrô qui serpentent à travers la ville, transportant des milliers de personnes chaque jour. Derrière cette toile de fond animée se trouvent un système de contrôle et d’extorsion via des syndicats puissants qui ont établi leur emprise sur ce secteur lucratif. Dans notre dossier, nous aborderons, les syndicats tout-puissants du transport commun à Abidjan.
Qui sont-ils ?

1. Origine informelle et coutumière :
Connu sous le sobriquet, Les « gnambros », ce sont des ex-apprentis ou convoyeurs second qui trainaient aux abords des différentes gares routières de la ville d’Abidjan. Ils étaient sollicités par les chauffeurs pour charger les véhicules en échange d’un pourboire s’élevant à 25 FCFA. Ce sont en quelque sorte aujourd’hui des syndicalistes non officiellement enregistrés, mais plutôt des organisations coutumières et informelles.
Leurs rôles ?
Dans le secteur des tranq à Abidjan , ils se donnent pour mission de :
1. Contrôle des ressources et de l’accès au métier :
– Les « gnambros » contrôlent l’attribution des lignes de Gbaka et déterminent qui peut y travailler.
– Ils gèrent les listes d’attente.
2. Régulation des activités :
– Les « gnambros » fixent parfois les tarifs des courses et établissent les règles de fonctionnement du secteur.
– Ils interviennent pour résoudre les conflits entre conducteurs et veiller au respect de ces règles.
3. Collecte :
– Les conducteurs doivent s’acquitter d’un « droit de chargement », qui constituent une source de revenus importante.
– Ces véto servent à respecter le fonctionnement des stationnements , l’ordre de passage et à rémunérer les responsables.
Comment fonctionne réellement ce syndicat ?

Aujourd’hui, on dénombrerait plus de 300 de ces syndicats à travers Abidjan. En effet, loin de défendre les intérêts des transporteurs, ces organisations constituent un système parallèle de collecte de taxes illégales, sous l’œil impuissant des pouvoirs publics. Selon des estimations, les recettes journalières de ces syndicats dans la seule gare d’Adjamé avoisineraient les 05 à 07 millions de francs CFA.
Ce système mafieux attire de nombreux jeunes désœuvrés qui y voient un moyen de s’enrichir rapidement. Aucun véhicule ne bouge avant d’avoir payé le droit de ‘’stationnement’’, de ‘’ surveillance’’ ou encore de ‘’chargement’’.
Pour précision, il faut noter que le droit de chargement d’une voiture varie de 1.000 FCFA à 1.500 FCFA sans avoir même à aider l’apprenti “ balanceur ” à faire son chargement. Celui qui refuse de s’acquitter se retrouve expulsé de l’arrêt ou du stationnement de cet espace, pire, il peut se voir être tabassé lui et son apprenti pour refus d’obtempérer. C’est à cela que sont confrontés quotidiennement les transporteurs en commun.
Les espaces stratégiques de ces « gnanbolos » et « coxers ».

En sillonnant les différentes gares de gbaka et wôro wôro, le nombre de personnes autoproclamées ou désignées syndicat est symptomatique de ce que vivent les chauffeurs. Qu’ils soient affiliés ou non à un syndicat représentatif, ces individus souvent au physique de déménageur font la pluie et le beau temps et règnent en maîtres dans les gares. Aucun véhicule ne bouge avant d’avoir payé le droit. Ces derniers ont une tactique toute simple qui consiste à répertorier les carrefours et espaces à grande fréquentation où les gbaka ou wôro wôro font des escales. Leur seul mérite est de crier les noms des différentes destinations. Ils ont pratiquement investi tous les carrefours d’Abidjan où ils s’érigent en véritables maitres des lieux.
À travers la commune d’Abidjan, vous pouvez les remarquer dans les endroits de stationnement où le chargement est dense, notamment Abobo, Treichville et Bingerville en passant par les quartiers de Cocody (La vie, l’école de police, Riviera2, 9 kilos, après barrage, faya, etc.) pour ne citer que ceux-là.
Mais contrairement aux autres gares de stationnement des « Gbaka », la gare Djeni Kobenan, de pont ferraille et Texaco à Adjamé ont quelque chose de particulier. Une innovation à laquelle se soumettent passagers et transporteurs. Là-bas, le passager ne paie pas directement la somme d’argent à l’apprenti gbaka comme c’est le cas ailleurs. Non ! Les choses sont organisées autrement. Des guichets conçus au même format que ceux des agences de mobile money, servent de lieu de paiement uniquement pour les passagers en partance pour Yopougon et ses contrés, à Abobo N’dotré et Bingerville.

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